Conférence: « Le grand âge : tous concernés » – le 17 octobre 2019

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« J’aurais pu dire :
Vieillir, c’est désolant, c’est insupportable,
C’est douloureux, c’est horrible,
C’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré « chiant »
Parce que c’est un adjectif vigoureux
Qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.

 

 

Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.

On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien…. Même à soixante.

Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu le regard des jeunes…..
Des hommes et des femmes dans la force de l’âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.

J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.
Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.

Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
« Avec respect », « En hommage respectueux », « Avec mes sentiments très respectueux ».

Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons !

Et du ‘cher Monsieur Pivot’ long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place…
J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!… ?

– « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que ».
– Moi aussitôt : « Vous pensiez que ? »
– « Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. »
– « Parce que j’ai les cheveux blancs ? »
– « Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée. »
– « Je parais beaucoup… beaucoup plus âgé que vous ? »
– « Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge. »
– « Une question de quoi, alors ? »
– « Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois. »

J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir, tant qu’à faire, des heures exquises.
C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.

La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’Adagio du Concerto n° 23 en La majeur de Mozart, soit, du même, l’Andante de son Concerto n° 21 en Ut majeur,
musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge ?… Non, Mozart. »

Bernard Pivot

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  1. La maltraitance pour moi a commencé il y a bien longtemps à tel point que j’ai vite cru que c’était normal et que je la méritais. Je m’appelle Danielle et j’aurais 78 ans le 11 février prochain. J’ai ignoré longtemps que les injures, les insultes, les critiques, les reproches à répétition, toujours les mêmes, faisaient partie de la maltraitance.
    J’ai fini l’année 2019 en recevant une gifle brutale de ma fille de 58 ans qui voulait m’arracher mon portable pour lire mes SMS et voir à quel point je disais du mal de mes enfants, d’elle surtout, à mes amis. Déséquilibrée, je suis tombée à la renverse sur mon lit et j’ai tenté de la repousser en lançant mon pied droit sur son ventre. Mais que vaut la jambe d’une dame fatiguée contre une furie ? J’ai réussi à me relever et à me jeter contre la porte de ma chambre qu’elle tentait de fermer à clé de l’extérieur. Je n’y suis pas arrivée.
    Seule dans ma chambre, sans téléphone, la joue en feu et douloureuse, j’ai regardé la fenêtre… La colère a remplacé le désespoir et je me suis emparée d’un petit radiateur à bain d’huile que j’ai projeté contre la porte? Cela a fait un bruit terrible et la porte a subi un dommage, les roulettes du radiateur aussi.
    En quelques secondes, ma fille a rouvert la porte et la lutte (!) a recommencé pour saisir mon téléphone qui s’est finalement ouvert ur le sol en trois morceaux. Je l’ai ramassé, j’ai enfilé le premier vêtement qui me tombait sous la main, sans penser ni à mon bonnet ni à une écharpe ni à mes gants. Je suis partie me réfugier chez une amie de l’autre côté de la rue en disant à ma fille qu’elle devait être partie à mon retour et que je ne voulais plus jamais la revoir.
    C’est la troisième ou quatrième fois qu’elle lève la main sur moi. Elle ne m’a jamais demandé pardon ni ne s’est excusée. J’ai fini par avoir peur d’elle et à éviter toute visite chez elle, tout coup de téléphone où la bande maléfique recommence à la moindre occasion. Tout le monde la plaint et la prend pour une gentille et malheureuse fille victime d’une mère indigne. Elle ment sans vergogne et je suis dans la perpétuelle justification, en vain.
    Je lui ai conseillé souvent de voir un psychologie ou psychiatre pour soulager ce qui lui fait mal à ce point. Elle me rit au nez, ou crie que c’est moi la malade. J’ai été menacée de mise sous tutelle, elle fouille dans mes affaires. Je n’en peux plus et je trouve le courage de continuer dans la présence de mes quatre chats tirés de la rue, remis sur pattes et pleins de ronrons. J’ai aussi des amies précieuses qui savent qui je suis depuis de longues années et me réconfortent par lettres ou téléphones ou mails. Mais la retraite nous a fait essaimer un peu partout et ce n’est plus pareil.
    Je vous remercie de pouvoir prendre la parole au travers de votre site. Demain, le 2 janvier 2020, je vais appeler l’ALMA locale de la Drôme. J’habite à Valence.
    Danielle

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