Maltraitance : la Fédération 3977 défend une approche éthique du recueil de la parole des victimes

La FĂ©dĂ©ration 3977 contre les maltraitances, nĂ©e du regroupement des centres associatifs locaux, tenait son colloque annuel  lundi 9 fĂ©vrier 2026. L’occasion de rappeler l’importance d’une approche Ă©thique du recueil de la parole, qui permet entre autres d’éviter la victimisation secondaire, alors que la plateforme nationale va changer de mains au 1er mars.

Le 3977 va-t-il disparaĂźtre ?
Voulu par le ministĂšre du Travail, de la SantĂ©, des SolidaritĂ©s, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapĂ©es dans le cadre de sa stratĂ©gie nationale de lutte contre les maltraitances 2024-2027, la fĂ©dĂ©ration associative a perdu l’appel d’offres visant Ă  gĂ©rer une plateforme nationale tĂ©lĂ©phonique et multicanale pour les personnes ĂągĂ©es et en situation de handicap victimes de maltraitance
Face Ă  l’association nĂ©e en 2014 du regroupement des centres locaux AllĂŽ Maltraitance (eux-mĂȘmes créés en 1995), c’est l’entreprise Qualisocial qui a remportĂ© le marchĂ©, avec une proposition moins onĂ©reuse.
À compter du 1er mars, donc, la FĂ©dĂ©ration 3977 ne sera plus en charge de la plateforme d’écoute nationale.
Une dĂ©cision qui inquiĂšte les professionnels : ils regrettent que l’expertise de la fĂ©dĂ©ration et de son rĂ©seau de 600 Ă©coutants formĂ©s n’aient pas Ă©tĂ© pris en considĂ©ration.
Une expertise solide, mais aussi une approche spĂ©cifique du recueil de la parole et de l’accompagnement des victimes, dĂ©veloppĂ©e depuis plus de 30 ans. Les Ă©coutants, formĂ©s par la fĂ©dĂ©ration, sont par exemple tous signataires d’une charte Ă©thique. L’écoute se fait dans le respect de la confidentialitĂ©, de l’anonymat, de la dignitĂ©, avec l’intĂ©rĂȘt des victimes comme prioritĂ©.
Quitte Ă  ne pas agir immĂ©diatement : « Parfois, traiter la maltraitance, c’est attendre », accueillir la parole, ça ne s’improvise pas, « Il faut l’accueillir pour ce qu’elle est, parfois confuse, parfois dĂ©sordonnĂ©e », et ne pas la remettre en doute.
Nier la dĂ©tresse ou le vĂ©cu de la victime, apporter un jugement sur la situation, tenir des propos culpabilisants ou moralisateurs engendrent en effet de la victimisation secondaire : l’appelant est victime une nouvelle fois, la maltraitance naissant cette fois de la rĂ©ponse apportĂ©e par l’institution ou par l’écoutant.
L’écoute, puis l’analyse collĂ©giale des situations et l’accompagnement sur la durĂ©e des victimes visent Ă  les protĂ©ger mais aussi Ă  leur redonner du pouvoir d’agir, d’autant qu’aucune action n’est engagĂ©e sans leur accord.
Des principes que la Fédération 3977, mais aussi le collectif des acteurs de la téléphonie sociale et en santé (Tess), dont fait partie le 3977, ont tenu à rappeler à la veille de la reprise du dispositif.
Dans leur manifeste, ils :
‱ dĂ©fendent une Ă©thique commune de l’écoute,
‱ prĂ©servent des espaces de parole sĂ©curisĂ©s et humains,
‱ affirment une vision exigeante et solidaire de la protection des personnes vulnĂ©rables,
‱ portent collectivement une responsabilitĂ© sociale et politique majeure.